Archive pour septembre 2005

Liberté, Egalité, Fraternité… Scolarité !
mardi 6 septembre 2005 à 13 h 38 min

Liberté, Egalité, Fraternité,... Scolarité !

Début septembre.
C'est la rentrée scolaire.

Pour certaines de nos chères petites têtes blondes, c'est leur tout premier contact avec l'école des "grands" !

Quelle fierté pour certains ; quelle crainte pour d'autres.

Et dans quelques jours à peine, malheureusement, quelle honte pour un certain nombre d'entre eux.

L'Ecole primaire, temple de l'enseignement fondamental, est en effet un lieu sacré où l'on apprend nos premiers rudiments de calcul, d'histoire, de géographie, d'orthographe, de civisme, de tolérance ou encore de morale, confessionnelle ou non.

Mais pour certains, paradoxalement, c'est aussi l'endroit où ils font, souvent pour la première fois, la cruelle expérience de l'exclusion.

J'entends déjà les enseignants crier d'indignation en lisant ces lignes.

Qu'ils se rassurent... ils ne sont pas à l'origine de cette forme d'exclusion dont il est question ici, mais plutôt ceux que l'on appelle communément leurs "petits camarades".

C'est en effet d'exclusion infantile dont il est question ici.

L'école primaire, c'est l'apprentissage de la vie en société, en communauté.
Cet apprentissage commence avec la formation de petits groupes à la récré, de clans.
Cet apprentissage commence dès lors par l'exclusion de certains par rapports à ces clans.

Ceci a toujours existé.

C'est le genre d'exclusion dont on peut rire en lisant la BD "Titeuf" : On ne veut pas de celui-là parce qu'il est "black" , parce que son père est "en prison" , parce que "il paraît que sa mère à le cancer du sida" ...

Mais, dans la réalité, il s'agit là pour l'enfant qui en est la victime d'un effroyable drame. d'une souffrance morale toute neuve qui risque de le marquer à tout jamais.

Avez-vous déjà remarqué combien les enfants peuvent être cruels entre-eux ?

Bien évidemment, les enseignants et les parents (j'ose encore l'espérer) se font très souvent un point d'honneur à assainir les jeunes cerveaux de leurs écoliers, ou de leurs enfants, de ce genre de préjugés stupides.

Mais il est un autre facteur d'exclusion infantile, plus pernicieux, contre lequel l'enseignant bien souvent ne peut rien.

Ce facteur d'exclusion trouve son origine dans la situation économique et sociale des parents, qui a des répercussions 'visibles' chez leurs enfants :

- T'as vu... il a même pas un stylo Machin.

- T'as vu son classeur... trop moche !

- Et puis t'as vu sa latte... elle est même pas en fer...

Il faut bien dire que, contrairement à ce qui est inscrit dans notre belle Constitution (Art. 24 § 3) , l'enseignement n'est pas gratuit !

Lors d'une récente visite de famille en France, la cousine de mon épouse, jeune institutrice en CM1, m'a montré le règlement qu'elle avait l'intention de faire appliquer dans sa classe.

En gros :

"L'enseignement officiel est gratuit pour tous.
L'école fournit tout le matériel scolaire nécessaire à vos enfants.
Aucun autre matériel ne sera toléré en classe.
Etc..."

Ceci dans un souci réel d'éviter toute inégalité "matérielle", et donc tout comportement discriminatoire, toute moquerie, etc... entre les enfants.

Et, mieux que tout, ceci semble être très bien accepté tant par les enfants que par leurs parents.

J'apprécie énormément ce genre d'attitude qui, à mes yeux, est un bel exemple d'action de lutte contre l'exclusion.

Limiter quelque peu la Liberté des enfants pour assurer leur Egalité et ainsi leur permettre d'acquérir cet esprit de Fraternité si cher à nos coeurs d'humanistes.

Pourrions-nous adopter de telles mesures en Belgique ?

Ne seraient t'elles pas perçues par les parents, les mieux nantis cela s'entend, comme une atteinte aux libertés individuelles de leurs chers enfants, chose inconcevable dans un état démocratique ?

Et quelle seraient les réactions des sociétés commerciales diffusant les stylos Machin , les classeurs Bidule et les lattes TrucBrol (en fer s'il vous plaît bien !) ?

L'expérience m'est pourtant tentante ...
Et même si je ne suis ni politicien, ni instituteur, j'aimerais réellement m'investir dans une telle expérience, moi simple employé dans un CPAS, pour qui les mots Liberté, Egalité et Fraternité ont encore une signification... en leur qualité d'armes contre l'exclusion, d'outils de rassemblement, d'union.

Et, après tout, considérée dans toute sa beauté et toute sa sagesse, l'union ne fait-elle pas la force ?

Seul, je ne puis rien...
Mais avec vous, parents, enseignants, politiques, ...
Ensemble, peut-être le pourrions nous !


Michel P:.
Le 6 septembre 2005