Archive pour avril 2006

Mon petit bois…
jeudi 27 avril 2006 à 0 h 00 min



Mon petit bois…

Je me souviens que, enfant, j'aimais me promener dans le petit bois derrière notre maison.
Ce n'était pas encore le Parc de la Héronnière tel que nous le connaissons aujourd'hui.

Non, c'était bien mieux alors !

La nature y suivait son cours et les herbes et fleurs sauvages et odorantes abondaient.
Il y avait une source claire et un petit ruisseau, bien caché par les herbes hautes et les buissons.
Là, bien à l'abri des curieux indiscrets, la saison des amours arrivée, les épinoches et les tritons se reproduisaient.

Un peu plus loin, de grands nids de fourmis ailées sortaient de terre et je me souviens que, papa et moi, allions régulièrement en faire une récolte, en guise d'appâts pour aller à la pêche.

Gamins, nous pouvions y jouer, construire nos cabanes que nous trouvions aussi belles et spacieuses que les villas bourgeoises du quartier.

Plus tard, nous pouvions y donner rendez-vous à nos premières amours d'adolescence.
A l'abri des regards, à l'instar des épinoches et des tritons, nous pouvions y échanger nos premiers baisers sans être dérangés, sans être vus. Du moins le croyions nous.

Là également, toujours à l'abri des regards, nous nous aventurions à fumer en cachette nos premières cigarettes en nous promenant, main dans la main, sous le feuillage dense et protecteur des arbres bas, des joncs et des innombrables et énormes fougères.

Nous nous couchions sur un lit de mousses moelleuses et, là, nous nous promettions de nous aimer pour toujours.
C'était au temps où "pour toujours" signifiait "pour quelques jours".

Souvent, j'aimais me rendre en cet endroit où, seul, adossé contre un vieux marronnier, j'étudiais ou me relaxais après les examens.
Je fermais les yeux et pour mieux écouter le chant mélodieux des oiseaux alors fort nombreux et diversifiés.

C'est dans ce petit bois, dans ces taillis sauvages, que mon cœur s'est ouvert pour la toute première fois à la nature, à l'amour et, par la force de ces choses réunies, à la poésie.

Je pouvais y rester des heures, à ne rien faire d'autre que penser, rêver, me projeter dans mon avenir que je m'imaginais merveilleux.

Que reste t'il de cet endroit aujourd'hui !

Tout a été rasé, retourné, urbanisé, environnementalisé, artificialisé… pour en faire un parc public. En voulant créer un espace vert, alors qu'il l'était déjà de manière parfaite, l'homme a cru, une fois de plus, dans un de ses innombrables accès d'orgueil, pouvoir surpasser la nature.

Epinoches, tritons et nombres d'espèces d'oiseaux sont à présent disparus.

Mon lit de mousse, le vieux marronnier contre lequel j'aimais tant m'adosser, et les jeunes amoureux sont disparus aussi.

A nos premières cigarettes que nous fumions, le cœur emballé par la peur d'être surpris, se sont substitués les joints et autres drogues dont on use et abuse sans vergogne.

Il ne subsiste rien de la magie de mon petit bois.

Rien de sa poésie. Rien de la quiétude qu'il pouvait procurer à ses visiteurs habitués.

Et moi, jamais je n'ai retrouvé un tel endroit. Un endroit où pouvoir me recueillir, où pourvoir penser, où pouvoir imaginer ma vie, le futur qu'il me reste, sans drogue, sans baladeur, sans autre musique méditative que l'unique chant des oiseaux qui me faisaient alors don de leur inégalable savoir-faire-rêver.

Aujourd'hui, cela fait des années que mon petit bois a été artificialisé, dénaturé en parc public.

Comme il me manque mon petit bois.

Comme elle me manque sa sérénité.

Comme ils me manquent ces précieux et magiques instants de recueillement.

Comme elle me manque mon insouciance d'alors… de quand j'étais enfant.

Michel P:.
Le 27 avril 2006



La pendule
mardi 11 avril 2006 à 15 h 11 min




La pendule

Le silence et le calme règnent dans la pièce.

On ne distingue que le léger bruit du balancier de la pendule qui, inlassablement, me rappelle que le temps poursuit sa course folle et effrénée vers l'avenir, comme s'il voulait incessamment se libérer du joug du présent.

Moi, je suis là, immobile, le regard fixe, comme hypnotisé par ce balancier.

Je me dis que le temps passe top vite… ou pas assez.

Chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque jour qui passe disparaît dans le gouffre de mon temps perdu.

Chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque jour à venir sont autant de grains de sable qui s'écoulent dans le sablier du temps qu'il m'est donné d'exister.

Petit, quand j'attendais d'être grand, je souhaitais souvent que ces grains de sable s'écoulent plus rapidement.

Plus tard, leur écoulement m'effrayait car il me rapprochait, seconde après seconde, de l'ultime échéance de mon existence.

Hier encore, je regrettais ne pouvoir inverser le sens de l'écoulement, ou retourner le sablier.
J'aurais bien voulu pouvoir remonter le temps, revenir en arrière pour tout recommencer, autrement, ailleurs, différemment et, peut-être trouver ce bonheur qu'à présent je sais chimérique et illusoire.

A présent, je suis là, immobile, le regard perdu, figé sur ce maudit balancier qui ne cesse d'avancer, de gauche à droite, de droite à gauche, comme un fou en proie à une éternelle hésitation de la direction à prendre.

A présent, j'aimerais à nouveau que le sable s'écoule plus vite… bien plus vite… jusqu'au dernier.

Non. Je n'ai plus envie de remonter la pendule.
J'ai simplement envie de la laisser s'arrêter, de laisser le balancier se figer et se reposer, pour toujours.
J'ai envie de ne plus rien entendre, même plus le tic-tac monotone de la pendule, monotone comme mon existence, comme tout ce temps perdu à perdre mon temps ou à vouloir le rattraper.

J'ai envie de me lever, d'aller vers cette pendule et d'arrêter son balancier, de stopper le cours du temps, de mon temps, de mon existence, pour ne plus perdre mon temps à attendre le temps qu'il me reste à le perdre.

Tic - tac - tic - tac … tic …


Michel P:.

11 avril 2006